Madame l’Échevine, Monsieur l’Échevin, Chers Collègues,
Je soutiens ce point, mais je voudrais m’y arrêter un instant, parce qu’il dit quelque chose d’important sur nos priorités.
Ce que nous votons ce soir, c’est 200.000 euros pour dynamiser et développer la fonction commerciale de notre Ville. Une somme importante dont le commerce de centre-ville a besoin. Le chiffre qui le rappelle est le suivant: sur les différents axes qui relient la place Cathédrale à l’Opéra, l’un des plus fréquentés de notre ville, on compte aujourd’hui 18 cellules commerciales vides sur 50. Plus d’un tiers des vitrines de cet axe central sont éteintes. Et ce constat n’est pas neuf.
Et c’est précisément dans ce contexte qu’il y a quelques jours à peine, la presse nous apprenait la fin du projet Art au Centre, après sept ans d’existence. Ce dispositif permettait à des artistes d’investir gratuitement ces mêmes vitrines vides pour y exposer leurs œuvres, soit une manière concrète, visible, appréciée des passants, de redonner de la vie à des rues autrement désertées. Interrogé par la presse, l’échevin du Commerce a justifié l’arrêt de cette initiative par le contexte budgétaire actuel, et a estimé que l’objectif initial du projet, à savoir, la relocation des cellules vides n’aurait pas été atteint.
Nous souhaiterions rappeler à l’Echevin qu’à Art au Centre n’a jamais eu la prétention, à lui seul, de résoudre le problème structurel de la vacance commerciale à Liège. Il s’agit là du rôle de l’Echevin. Son objectif était plus modeste et plus immédiat : redonner de la vie, de la couleur et du sens à des rues qui, sans cela, se résument à des rideaux baissés et des vitrines murées. C’est aussi, très concrètement, un outil de sécurité, de convivialité et de culture urbaine : une rue commerçante vivante, même par l’art, est une rue plus fréquentée, plus sûre, plus agréable à traverser. D’autres villes ne s’y sont pas trompés comme Dunkerque où le projet a pu s’exporter.
Mais depuis cette annonce, rien n’a été proposé pour remplacer ce dispositif. Pas de nouveau projet, pas de plan d’occupation des vitrines, pas de vision pour habiller ces cellules reste vides et mornes.
De manière générale, nous n’avons aucune réponse politique structurelle pour redynamiser notre centre ville.
Il est donc important que chacune et chacun comprenne bien ce que nous votons : ce point porte sur une subvention de 200.000 euros à l’ASBL Les Manifestations liégeoises pour l’organisation d’un projet spécifique intitulé « Mise en œuvre d’actions afin de dynamiser et développer la fonction commerciale de la Ville de Liège ». 200.000 euros vont donc etre octroyés, pourr une année complète, pour une mission dont on imagine qu’elle devrait permettre de redynamiser notre ville. Pourtant cet ‘intitulé reste vague et le contenu précis ne nous est pas détaillé.
Des questions ont d’ailleurs été posées en commission sur ce que fait exactement l’ASBL Manifestations liégeoises, à raison. En tant qu’administratrice, je ne peux que déplorer le peu de temps accordé à nos réunions de conseil d’administration — un quart d’heure, tout au plus — dans lequel se décident, ou plutôt se reconduisent d’année en année, sans que l’on comprenne toujours bien pourquoi ni comment, des sommes importantes pour des actions telles que la Foire d’octobre, Liège Cité de Noël, les illuminations festives, la promotion des marchés et brocantes, l’animation et la promotion commerciales, une section événements avec notamment la soirée de la Ville de Liège — pour 20.000 euros tout de même —, des actions de développement commercial de type édition de brochures ou acquisition d’une plateforme de communication et de monitoring, et enfin les primes Créashop. En le disant, je réalise moi-même que peu de ces lignes représentent du concret pour nos commerçants et tout qui fait vivre le commerce à Liège.
D’ailleurs, dans le contexte budgétaire actuel, dépenser 20 000 euros pour une soirée ville de Liège dont le succès est plus que limitée ne me semble pas la meilleure des initiatives pour les affaires économiques et le commerce liégeois
Bien plus encore, le budget 2026 de l’ASBL Manifestations liégeoises prévoit 46.000 euros d’actions de développement commercial qui relèvent de la responsabilité de Monsieur Drèze et 140.000 euros de celle de Madame Yerna. Faites le calcul, ça fait 186 000 euros et pas 200.000.
J’aimerais donc savoir, très concrètement, quelles actions précises seront financées par l’ASBL avec ce montant de 186 000 euros ? A quoi vont servir les 14 000 euros restant ?. Ne serait pas l’occasion d’affecter ce montant utilement pour compenser la perte d’Art au Centre, en finançant par exemple une occupation artistique ou visuelle des cellules vides ?
Plus généralement et structurellement, à quand pourra-t-on espérer obtenir une politique de la ville pour redynamiser son activité commerciale ? Cela va faire deux ans que vous avez tous et toutes pris (ou repris pour certains) vos fonctions. Il est temps d’offrir à notre commerce votre vision pour 4 années qui restent, au-delà des sorties ponctuelles qui nous rappellent, sans détail, que la plupart des loyers commerciaux sont sous la barre des 1.500 euros.
Et une dernière question, qui est aussi revenue en commission : comment s’articulent les compétences de l’échevinat du Commerce et les vôtres ? Je crois savoir qu’une réunion commune est annoncée pour éclairer nos lanternes — mais avouez que ce n’est pas si simple à comprendre, et qu’il est légitime de penser qu’une organisation aussi particulière ne sert ni nos commerçants liégeois, ni les initiatives prises, mais offre surtout à chacun un boulevard pour se renvoyer la balle.
Le commerce liégeois mérite mieux, et attend de vous une stratégie de fond pour faire reculer structurellement la vacance commerciale — par exemple via l’accompagnement des propriétaires, la révision des loyers commerciaux et des revenus cadastraux, la promotion de l’identité liégeoise et de tous ses atouts.
Intervention d’Elena Chane-Alune lors du conseil du 7 septembre 2026