Monsieur le Bourgmestre,
Plusieurs travaux scientifiques récents établissent un lien préoccupant entre les épisodes de chaleur extrême et une surmortalité marquée des personnes atteintes de schizophrénie, bien supérieure à celle observée pour d’autres maladies chroniques pourtant considérées comme des facteurs de risque classiques face à la chaleur (maladies cardiovasculaires, rénales, diabète).
À titre d’exemple, les analyses menées après le « heat dome » qui a frappé la Colombie-Britannique (Canada) en 2021 montrent que les personnes atteintes de schizophrénie représentaient une part très disproportionnée des décès liés à la chaleur par rapport à leur poids dans la population, avec un risque de décès multiplié par un facteur nettement supérieur à celui associé aux autres pathologies chroniques étudiées. Ces résultats ont été relayés à la fois dans la littérature scientifique (notamment une étude publiée dans la revue GeoHealth) et dans la presse généraliste, y compris un article du magazine Wired consacré à ce sujet.
Ces travaux avancent plusieurs pistes explicatives : une moindre perception par les personnes concernées des signaux d’alerte liés à la chaleur (anosognosie), des effets de certains traitements antipsychotiques sur la thermorégulation, ainsi que des facteurs sociaux aggravants (isolement, précarité, stigmatisation, moindre accès au logement adapté ou à la climatisation).
La Belgique et l’Europe ne sont pas à l’abri de vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses avec le changement climatique. Dans ce contexte, et dans la mesure où la commune dispose de compétences en matière de santé publique locale, de plans canicule communaux et de coordination avec les acteurs sociaux et de soins de première ligne, je souhaiterais vous poser les questions suivantes :
- La commune de Liège dispose-t-elle, dans le cadre de son plan canicule ou de son plan d’urgence, de données ou d’un suivi spécifique de la mortalité et de la morbidité des personnes atteintes de maladies psychiatriques sévères (dont la schizophrénie) durant les épisodes de forte chaleur ?
- À défaut de données locales existantes, la commune envisage-t-elle de solliciter les autorités sanitaires compétentes (AVIQ, Sciensano, Cellule régionale de surveillance environnement-santé) afin qu’une analyse de la surmortalité liée à la chaleur par pathologie chronique, incluant les maladies psychiatriques, soit réalisée ou intégrée aux dispositifs de surveillance existants ?
- Les services communaux et le CPAS de Liège associent-ils, dans leurs dispositifs de veille et d’alerte canicule (repérage des personnes vulnérables isolées, cellules de veille sociale), un critère ou une attention particulière aux personnes suivies pour des troubles psychiatriques sévères, au même titre que les personnes âgées ou souffrant de pathologies chroniques somatiques ? Les services mobiles d’ISOSL sont-ils renforcés ?
- Une sensibilisation spécifique est-elle prévue ou pourrait-elle être organisée à destination des maisons de soins psychiatriques, services de santé mentale, hôpitaux psychiatriques et structures d’hébergement pour personnes en situation de précarité présentes sur le territoire communal, concernant les risques accrus de décès liés à la chaleur pour les personnes atteintes de schizophrénie ?
- Plus largement, la commune envisage-t-elle de renforcer la coordination entre les plans canicule communaux et les acteurs de la santé mentale, afin que cette population, aujourd’hui peu prise en compte dans les dispositifs de prévention existants, bénéficie d’une attention adaptée à son niveau de risque réel ?
Je vous remercie par avance pour l’attention que vous porterez à cette question et pour les éléments de réponse que vous pourrez y apporter.
Veuillez agréer, Monsieur le Bourgmestre, l’expression de nos salutations distinguées,
Caroline Saal & Laura Goffart pour le groupe Vert Ardent
Question écrite