Monsieur le Bourgmestre,
Liège est dite la ville « ardente ». Ardente par son histoire, son caractère, ses habitants, mais aussi par son formidable terreau associatif. Ce terreau, ce sont toutes ces associations qui, partout dans la ville, prennent en charge des Liégeois de la petite pouce au 3e âge : les écoles de devoirs, les maisons de jeunes, les associations LGBTQIA+, celles qui accompagnent les victimes de violences, celles qui travaillent sur le logement, l’emploi, la culture, l’environnement, l’alimentation…
Une grande partie de ce que nous appelons aujourd’hui la solidarité liégeoise repose sur ces associations qui viennent prendre soin alors que la précarité ne fait qu’exploser.
Et aujourd’hui, ce terreau est mis à rude épreuve. À tous les niveaux de pouvoir, on coupe dans les subsides, on complexifie les appels à projets, on réduit les enveloppes ou on ne prévient plus suffisamment le secteur des changements à venir, on sème la peur avec la fin des APE.
C’est tantôt la MAC, la Zone, la Ferme des Enfants, les Restos du Cœur, des abris de jour, maintenant des CISP… Chaque jour ou presque, nous assistons à l’annonce d’une nouvelle association en difficulté. Certaines envisagent de mettre la clé sous la porte. D’autres réduisent les temps de travail, suppriment des primes, ne remplacent plus des départs ou réduisent leurs activités.
Et derrière ces décisions, il y a des travailleurs et des travailleuses. Des emplois précarisés, parfois supprimés. Des personnes qui vivent à Liège d’ailleurs. Mais surtout, derrière chaque association qui ferme ou réduit ses activités, c’est une porte qui se ferme. Pour un enfant qui avait besoin d’aide pour comprendre une leçon, une maman solo pour trouver du lait en poudre, une personne sans logement pour être accompagnée, des jeunes pour trouver un lieu où laisser libre court à son expression artistique, pour d’autres reprendre une formation…
Alors que les autres niveaux de pouvoir fragilisent déjà le secteur, la Ville a elle aussi déjà réduit son soutien financier. Et cela va se traduire par une perte supplémentaire de subsides pour les associations liégeoises, d’abord de 15% en 2025, et de 10% supplémentaire cette année.
Jusqu’où allez-vous laisser se dessécher ce terreau ?
Voici donc nos questions :
- La Ville a-t-elle évalué les conséquences sociales et les coûts indirects de ces réductions, notamment pour les publics les plus précarisés et exposés aux discriminations ? Qui prendra en charge les personnes accompagnées si certains services doivent être réduits ou supprimés ?
- Quel sera concrètement l’impact des économies annoncées par la Ville sur les subsides accordés aux associations liégeoises ? Quel montant global de réduction est envisagé ?
- La Ville dispose-t-elle déjà d’une estimation du nombre d’emplois ou d’activités qui pourraient être directement touchés ?
- Quel dialogue la Ville entretient-elle avec le secteur associatif avant de prendre ces décisions ? Les associations seront-elles informées suffisamment tôt pour pouvoir anticiper les conséquences sur l’emploi et leurs activités ?
Laura Goffart, Sarah Tshinguta Mussenge et Elena Chane-Alune pour le groupe Vert Ardent
Interpellation soumise en vue du conseil communal du 28 septembre 2026