Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Échevin·es,
Prenons la place d’un·e usager·ère de la gare de Sclessin. Pour rejoindre Liège-Guillemins, il ou elle ne dispose, en semaine, que d’un train omnibus par heure dans chaque sens, complété par quelques trains aux heures de pointe. Le trajet dure quatre minutes, mais si un train est raté, c’est une heure d’attente, alors la voiture reprend le dessus et toutes les conséquences qu’on lui connaît. Ce que vivent les usagers de Sclessin, beaucoup de Liégeoises et de Liégeois le connaissent.Or, Liège est la troisième ville la plus congestionnée du pays.
Pourtant, la gare de Sclessin est à nouveau menacée. L’accord du Gouvernement fédéral du 31 janvier 2025 prévoit de « limiter le nombre d’arrêts de train dans les gares à faible demande ». Selon la SNCB, 60 points d’arrêt comptent moins de 100 montées par jour, dont 50 en Wallonie. Ce n’est pas la première alerte : en mars 2023, Sclessin figurait déjà parmi les arrêts que la direction de la SNCB voulait supprimer. La proposition avait alors été refusée par le conseil d’administration de la SNCB et par le ministre de la Mobilité de l’époque, Georges Gilkinet.
Cette mesure est incohérente sur le plan environnemental. Le rail est la colonne vertébrale du transfert modal, et la Belgique s’est engagée à réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Liège investit pourtant massivement dans cette transition : le tram a son terminus à Sclessin, où un parking relais de 665 places doit inciter les automobilistes à laisser leur voiture à l’entrée de la ville. Fermer la gare, c’est demander aux Liégeois de laisser la voiture, puis leur retirer le train. La logique est circulaire : une gare desservie par un seul train par heure attire peu de monde, et cette faible fréquentation justifie ensuite sa fermeture. Le remède est inverse : renforcer la desserte et les correspondances avec les bus et le tram pour attirer plus de monde.
Elle est aussi incohérente sur le plan social. La hausse du prix des carburants pèse d’abord sur les ménages modestes, pour qui le train est souvent la seule alternative : étudiant·es, travailleurs et travailleuses, personnes âgées ou sans permis. Le gain budgétaire est dérisoire : environ 20.000 euros par an et par point d’arrêt, selon les chiffres de la SNCB cités par le Ministre.
Cette menace s’inscrit dans un contraste frappant avec un autre dossier resté sans suite : celle de la gare de Vivegnis, à Saint-Léonard. Alors que la fermeture de Sclessin est envisagée, celle-ci reste abandonnée, laissée en friche, malgré son fort potentiel pour désenclaver un quartier de 15 000 habitants. Un véritable réseau express liégeois doit s’appuyer sur la réouverture et la création de points d’arrêt, plutôt que sur la menace de suppression de gares existantes. C’est tout le paradoxe. Fermer Sclessin tout en renonçant à Vivegnis, c’est tourner le dos à ce réseau.
Les enjeux pour notre commune sont donc directs : garantir une vraie possibilité de se déplacer sans voiture, préserver l’accessibilité de quartiers où s’investissent des moyens publics considérables, et refuser qu’une décision fédérale fondée sur un seul critère comptable nous soit imposée sans que nous ayons été entendus.
Mes questions sont les suivantes :
1- Quelle est la position du Collège sur la menace de fermeture de la gare de Sclessin ?
2- Le Collège a-t-il été contacté ou informé par la SNCB ou le Gouvernement fédéral de toute réflexion sur l’avenir de cette gare ? A-t-il pris des initiatives pour exiger d’être associé aux décisions qui concernent le rail liégeois ?
3- Quelle stratégie de mobilité la Ville peut-elle mettre en place pour renforcer l’attractivité de la gare de Sclessin ?
4- Quelles démarches le Collège compte-t-il entreprendre pour relancer la réouverture de la gare de Vivegnis dans le cadre d’un réseau express liégeois ?
Je vous remercie pour vos réponses.
Caroline Saal et Elena Chane-Alune pour le groupe Vert Ardent
Interpellation soumise en vue du conseil communal du 19 octobre 2026