L’avenir de l’ancienne patinoire de Liège, également connue comme le Grand Palais de Coronmeuse, suscite une vive inquiétude et une opposition croissante au sein de la société civile, du monde académique et culturel, ainsi que parmi de nombreux citoyens et citoyennes.
Construit en 1939 dans le cadre de l’Exposition internationale de l’Eau, ce bâtiment emblématique, conçu par l’architecte Jean Moutschen, constitue l’un des derniers témoins monumentaux de cet événement fondateur pour l’histoire urbaine de Liège. Inscrit à l’inventaire du patrimoine wallon, il représente un jalon majeur de l’architecture moderniste du XXᵉ siècle et un repère fort de la mémoire collective liégeoise.
Une perte patrimoniale irréversible
Si l’on en croit les dernières déclarations dans la presse du principal candidat acquéreur, NRB, une filiale d’Ethias, son objectif serait la démolition pure et simple du bâtiment. Cela entraînerait la disparition d’un édifice reconnu pour sa valeur architecturale, historique et symbolique. Le patrimoine du XXᵉ siècle est déjà largement sous‑protégé ; laisser disparaître l’ancienne patinoire créerait un précédent préoccupant pour d’autres bâtiments de cette période, en Wallonie comme ailleurs.
Un non-sens écologique
Alors que le bâtiment a fait l’objet d’un désamiantage complet financé par des fonds publics (près de 2,5 millions d’euros dont 1,3 million d’euros de subsides régionaux wallons), sa destruction constituerait une aberration environnementale. Démolir un bâtiment sain et structurellement réutilisable, après avoir investi dans sa sécurisation, revient à gaspiller une énergie grise considérable et à produire inutilement des déchets massifs, en contradiction flagrante avec les objectifs climatiques et de durabilité affichés tant par les pouvoirs publics que le candidat-acheteur Ethias-NRB dans sa Charte Ethique.
Un potentiel de réaffectation avéré
Contrairement à certaines affirmations, l’ancienne patinoire n’est ni condamnée techniquement ni dépourvue d’avenir. Son volume exceptionnel (environ 40 × 90 mètres, avec plus de 20 mètres de hauteur libre) offre de multiples possibilités de réaffectation culturelle, sociale ou collective (y compris pour des bureaux). Des études et projets de reconversion ont déjà été élaborés par des architectes et des universitaires, démontrant que des alternatives crédibles à la démolition existent.
Une incohérence avec le projet d’écoquartier
Présenté à l’origine comme un élément structurant du futur écoquartier de Coronmeuse, le Grand Palais devait incarner un lien entre passé et avenir. Le raser aujourd’hui va à l’encontre des principes mêmes d’un urbanisme durable, fondé sur la réutilisation du bâti existant, la sobriété matérielle et l’ancrage territorial.
Une mobilisation citoyenne ignorée
Plus de 2 000 citoyennes et citoyens ont déjà signé des pétitions demandant la mise en sauvegarde du bâtiment et l’ouverture d’un véritable débat public. Des institutions reconnues – archives d’architecture, associations patrimoniales, acteurs culturels – se sont réunies au sein du collectif “Sauvons la Patinoire” pour défendre une approche responsable et concertée. Passer outre cette mobilisation reviendrait à marginaliser la participation citoyenne dans un dossier structurant pour la ville.
Pour Pierre Eyben, conseiller communal Vert Ardent “Outre que ce serait gaspiller de l’argent public, démolir ce bâtiment serait totalement inacceptable au vu de sa valeur patrimoniale exceptionnelle. Nous appelons à un changement de cap, et nous réclamons la suspension de toute décision de démolition, l’inscription de l’ancienne patinoire sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon, et l’ouverture d’un processus transparent et participatif visant à étudier sérieusement les scénarios de réaffectation.”
Selon Veronica Cremasco, députée wallonne ECOLO “Démolir l’ancienne patinoire de Liège serait une erreur historique, écologique et politique. La préserver et la réinventer serait, au contraire, un acte fort en faveur d’une ville durable, respectueuse de son passé et tournée vers l’avenir. Il est temps de faire preuve de cohérence entre les discours sur la transition écologique et les décisions urbanistiques concrètes.”
Quentin Le Bussy, conseiller communal Vert Ardent, de conclure “Le patrimoine n’est pas un obstacle au développement : il en est une ressource. C’est pourquoi nous pensons que l’actuelle majorité, si contraintes soient les finances communales, ne peut pas accepter l’idée que ce bâtiment soit démoli. Ce serait une faute politique majeure. Ce 3 avril, date limite de dépôt des candidatures de rachat, est une date charnière. Toute offre qui impliquerait la démolition du bâtiment doit être refusée.”
Contact presse : Pierre EYBEN 0477 20 29 53
Crédit illustration: Thierry Lechanteur.