M. le Bourgmestre, chers échevins, chers collègues,

La décision du conseil de ce soir vise à lancer le marché de service pour sélectionner les bureaux d’études qui vont accompagner l’élaboration du projet de territoire “Schéma de Développement Communal”, qui est l’outil stratégique et d’orientation qui doit guider les choix et les interventions à la fois sur le temps cours et sur le temps long, notamment en ce qui concerne l’aménagement du territoire et l’urbanisme, soit notre politique l’urbanisation pour la génération à venir.

C’est une étape importante pour Liège, c’est un défi à relever avec une volonté de se concrétiser dès 2022 avec 2050 comme horizon, quasiment concomitant au “stop béton” wallon. En matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire, Liège c’est un peu la bouteille à encre. C’est un territoire millénaire, c’est la Ville de Jean Lejeune et de l’héritage des libéraux de jadis ; c’est le grand trou rebouché ; c’est enfin les dernières décennies où on disait de Liège chez les promoteurs “à Liège on peut tout faire, on peut même y faire n’importe quoi…“. La faute à “on à toujours fait comme ça” ou au finances publiques au septième cercle des enfers, ou les deux : on y reviendra pas mais impossible de bâtir le futur sans savoir là d’où l’on vient, d’autant que certaines habitudes ont la peau dure.

Il y aura des fleurs mais je commencerai pas le pot : en 2020, dans un Collège qui se veut sinon exemplaire, au moins ouvert et rajeuni, je ne tolère pas qu’on méprise le travaille des conseillères communales, des conseillers communaux, des militants. En octobre Vert Ardent vous questionnait sur l’évolution de ce même SDC. Le délai normal est de 4 semaines, c’était il y à 5 mois. On parle d’un enjeu majeur évidemment aux yeux de Vert Ardent, puisque cette thématique est centrale dans notre programme, mais surtout d’un enjeu majeur pour TOUS les liégeois, ceux qui habitent Liège mais aussi les “métropolitains”, ceux qui vivent, travaillent, bougent, entreprennent… et très honnêtement je ne comprends pas que ce genre d’information minimale ne soit pas assurée par le nouveau Collège. Franchement j’espère que pour le coup ça vous fait un peu honte. C’est franchement à l’image d’autres choses qu’on constate en termes d’information au public ou dans la gestion de la participation, j’ y reviendrai plus loin.

L’ambition du SDC est noble et c’est celle du CoDT : déterminer pour un territoire donné quels sont les axes et principes structurants, faire de l’aménagement du territoire non une variable d’ajustement mais la pierre angulaire de l’action publique. C’est ambitieux en règle générale, c’est très ambitieux dans un territoire déjà contraint par l’espace, c’est fondamental dans un espace déjà largement bâti et qui concentre à la fois les problèmes et les solutions. Chaque contrainte est une opportunité est s’il faut positiver la Ville de Liège regorge d’opportunités et d’atouts : c’est en misant là-dessus qu’on sortira de l’ornière, et une bonne politique d’aménagement du territoire peut en être un facteur déterminant.

Sur les Thématiques concernées :

Logement :

C’est devenu une espèce de formule magique “15.000 logements” : il faut construire du logement à Liège, tout de suite.

  • Parce qu’aujourd’hui la classe moyenne ne trouve pas à se loger à Liège (il manque dans notre Ville des dizaines de milliers d’enfants de 0 à 18 ans résidents, faute de parents habitants, comparez les stats de population avec celle de Charleroi, c’est assez effarant).
  • Parce que les marchands de sommeil profitent honteusement d’un bâti ancien, dégradé, taudiesque… et que la Ville renonce largement à les combattre notamment faute de solutions de relogement (ou faute de volonté politique).
  • Parce que le “Stop au Béton” wallon ne pourra pas se faire sans que les Villes se taillent la part du lion dans le développement de la prochaine génération d’unités d’habitation sans artificialisation des sols autres que sporadique.

Espaces :

Autre enjeu : celui du partage et de la juxtaposition, de l’équilibre des espaces et des fonctions : zones vertes de parc ou naturelles, habitat et logement, fonctions commerciales et de bureaux, avec un enjeu rarement évoqué mais fondamental qui est celui de la maîtrise foncière de la part des pouvoirs publics.

Si l’on questionne les grands équilibres (à la fois globaux et par quartiers) on questionne les fonctionnalités :

  • comment construire du logement SANS rogner les espaces verts résiduels ;
  • comment assurer le développement économique sans créer des embouteillages ;
  • comment soutenir le commerce de proximité au contraire du commerce globalisé ? C’est notamment en osant la relocalisation et la densité dans certaines zones CHOISIES.

Oui, “Liège, la Ville où l’on peut tout faire”, Non “Liège, la Ville où l’on peut faire n’importe quoi”. Ca exige et j’y reviendrai de faire des CHOIX : des choix éclairés, des choix motivés, des choix assumés. Pour “faire” la Ville, et l’on parle de “Fabrique” urbaine, c’est donc qu’il s’agit bien de faire, de produire.

Aspects spécifiques :

S’il ne faut pas confondre l’urbanisme et l’architecture, je pense que c’est en revanche le bon endroit pour affirmer sans ambages un niveau d’exigence en termes d’Architecture qui exclue de fait des pratiques telles que celle de la Province à Bavière, qui renonce à toute ambition.

Dans une “note d’intention” comme ce SDC qui nous occupe, il est normal de poser comme axiome un certain nombres d’exigences. On à assez cher payé, en casse de toutes sortes, en inintégration d’immeubles, en absence d’ambition.
À quelque chose malheur est bon, et chaque difficulté est une opportunité : depuis 40 ans la Ville à largement subi son propre urbanisme, faute de pouvoir choisir, les projets ne se bousculaient pas au portillon. Ceci nous à évité de faire un certain nombre d’erreurs… que nous pouvons valoriser aujourd’hui en bypassant certains hiatus, on peut sauter les étapes. On à pas construit TOUTES les friches urbaines et les dents creuses? C’est l’opportunité de tiny parks ou de forêts urbaines… et de logements là où ils sont souhaitables. Mais pas partout, pas n’importe comment.

Les “exemples inspirants””de Grenoble, Nantes, Bordeaux et d’autres peuvent sans aucune doute nous y aider. Un aspect commun à ces inspirations et dans chacun de leurs processus, c’est qu’il offre une vue systémique, propose une vision organique de l’aménagement du territoire. Je ne puis que souligner à quel point c’est crucial quand on voit le nombre de projets, parfois simplement idiots, parfois parfaitement délirant, qui arrivent sur la table des services de l’Urbanisme. Je propose de graver ceci dans le marbre de nos prochaines décennies urbanistiques…

Sur le Processus :

Je commencerais par une inquiétude, qui rejoint la question écrite que nous vous avons posée il y à plus de cinq mois : la Ville de Liège à décidé de sortir du cadre réglementaire défini par le CodT. La justification est un classique : la réglementation wallonne n’est pas adaptée à une grande Ville, une métropole comme la nôtre. Cela peut s’entendre, mais quid du financement prévu par la région… ? Je doute que ce financement suive, et crains qu’il ne soit dès lors perdu. Le Conseil devait par exemple être associé à l’élaboration du SDC, ce qui fut loin d’être le cas comme l’à témoigné la dernière commission générale.

Je reviendrai sur les processus antérieurs de participation en dent de scie, sachant qu’un des enjeux essentiels tel que proposé par Acadie est un séquençage important du fonctionnement de la Fabrique Urbaine, qui balise le travail avec des temps de participation, des temps de travail, des temps de mise en commun… nous pensons qu’il est fondamental d’assurer la publicité de ces débats, leur transparence et une communication adéquate, en utilisant tous les outils modernes, des réseaux sociaux à des panels-tests travaillant en miroir avec la Fabrique Urbaine.

Comme indiqué auparavant, il faudra être clair sur l’issue du processus : la Fabrique Urbaine va faire des CHOIX, c’est à dire des parti-pris à assumer dans le dialogue à la population, dans nos rapports avec les entités fédérées et de tutelle, avec nos voisins et alliés. Ces choix seront déterminants pour au moins deux générations de liégeois, je souhaite donc que chacun mesure l’importance du processus qui débute… qui justifie toute l’attention que Vert Ardent lui accorde comme vous pouvez le constater.

Sur la Participation :

La dimension participative de l’élaboration du SDC a conduit la ville à prendre conseil en matière de participation citoyenne auprès du bureau ACADIE. Les membres du conseil les ont rencontré pour la première et dernière fois ce samedi, où ils ont pu présenter leurs conclusions sur la manière dont la ville de Liège concevait et mettait en oeuvre la participation. En matière de participation citoyenne, il y a un curseur qui permet d‘aller de la simple consultation via enquête publique à  la co construction et même la cogestion de projets. Trois remarques à ce sujet :

  • On ne le rappellera jamais assez, mais l’un des héritages “liquidés” des écologistes au Collège de la Ville de Liège, c’est précisément l’échevinat de la Participation… on a parfois l’impression que la Collège 2020 découvre ce que le Collège 1983 avait déjà compris il y à près de 4 décennies. Ne soyons pas bégueules mais la vérité à ses droits, n’est-ce pas…
  • En revanche, on mettra à votre crédit d’appliquer les suggestions de Vert Ardent : nous vous avons très souvent recommandé de vous faire accompagner, d’aller chercher des compétences là où elles existent et c’est précisément le cas ici. Le second volet de nos recommandations concerne la formation du personnel communal en la matière. On se permet de souligner deux fois plutôt qu’une…
  • On se permettra enfin d’afficher un certain “scepticisme bienveillant”. Scepticisme puisque, par exemple, la commission consultative vélo ne s’est pas réunie pendant plus de 18 mois, soit ¼ de la législature ; bienveillant parce qu’on ne doute pas de la volonté du Collège de… mieux faire.

Le positionnement de ce curseur est donc important pour comprendre où en est la ville en matière de participation…

Que nous a dit Acadie ? 

  • Que la Participation à Liège est un processus “en dents de scie” : on fait de grandes consultations pour faire remonter des idées citoyennes puis plus rien, on ne communique plus. Cette analyse corrobore totalement l’analyse de Vert Ardent et les critiques que nous avons à plusieurs reprises formulées, nous vous avons rappelé plusieurs fois que la participation est une culture politique quotidienne, et non un gadget communicationnel qu’on sort en grande pompe tous les 4 ans ;
  • Que les Administrations motivées pouvaient faire de la participation mais dans leur coin et sans que les résultats de leur travaux ne soit repris dans une vision stratégique globale ;
  • Que les commissions consultatives peinent à mettre en valeur le travail qu’elles réalisent ou sont parfois complètement endormies/ anesthésiées.

La commission participation citoyenne est encore en phase de gestation. Cela crée un climat de défiance des citoyens qui se concrétisent par des oppositions fortes au projets immobiliers soumis à la Ville. Suite à la présentation de différents modèles de participation dans les grandes ville, le Collège a montré sa préférence pour le modèle Nantais, un modèle de participation minimaliste, dans lequel l’élu reste à la fois celui qui pose le cadre politique et décide in fine de la prise en compte des productions citoyennes… à la différence du modèle grenoblois, également cité, qui remet à la population un certain nombre de leviers de décision. À Grenoble, le modèle qui a nos faveurs, l’adoption de la décision citoyenne, sur les thématiques précises sur lesquelles elle est sollicitée est la règle et son refus doit être dûment motivé et débattu en CC.

Les experts consultés prône de mener un dialogue continu , de se fixer des règles du jeu et ainsi de gérer les conflits.

Leur proposition de créer une fabrique urbaine est intéressante : composée de 60 à 70 personnes ( élus, professionnels de l’urbanisme,membres de commission existantes, ASBL et collectifs y compris des opposants) qui devront se mettre en situation de contribution pour la ville.

Acadie propose 2 chantiers auxquels la Fabrique Urbaine devra s’atteler :

  • La rédaction d’une charte posant les règles du jeu ;
  • Le fait de suivre et d’influer sur les travaux des 3 bureaux d’études.

Dans ce processus, Vert Ardent souhaite qu’une attention particulière soit porté sur le casting des participants :

  • attention à la parité femmes-hommes ;
  • relais des personnes peu entendues : on peut aussi les écouter directement – jeunes occupants de l’espace public ;
  • catégories sociales diversifiées ;
  • collectifs féministes…

Le processus participatif qui doit aussi réfléchir à sa temporalité, à inclure une diversité des modes d’expression, à la créativité et à la possibilité de demander l’impossible aux conditions de travail ? Certains membres de la Fabrique Urbaine feront ça dans le cadre de leur travail, de leur temps de travail, d’autres vont prendre sur du temps bénévole. Si c’est en journée, c’est compliqué pour les bénévoles ; si c’est en soirée, c’est compliqué pour l’administration (à négocier). Pour les parents, nécessité d’avoir accès à du baby-sitting, etc…aux moyens financiers pour cette fabrique urbaine ? Nous avons également pointé l’importance de dégager des budgets dédiés pour animer la participation citoyenne afin que cela ne soit pas la participation qui pâtisse de restrictions liés à de dépassements sur d’autres postes.

De ceci il faut conclure que ce processus et la Fabrique Urbaine peuvent tout à la fois être l’opportunité d’ouvrir VRAIMENT le jeu… comme celui d’un “encommissionnement” en bonne et due forme, comme on l’à trop souvent vu. Ceci exigera donc un processus dont la publicité est à la fois réelle et organisée, par la diffusion de PV de réunion, des débats publics, etc…

Sur cette base :

Il est dommage  mais pas surprenant en soi -, que ce soit l’option Nantaise qui soit choisie, c’est la plus frileuse en terme de participation et à nouveau, la démonstration que même si on avance il y a une forme de crainte de la part de la majorité actuelle d’ouvrir des processus qui, sans remettre nullement en cause la démocratie représentative, ouvrent la porte sur des sujets précis à des processus réellement participatifs, c’est à dire y compris en matière de décision finale. Cela revient quasiment à faire de la “micro-participation” faute d’une participation large et systémique.

Pour réellement construire de la participation citoyenne nous pensons que quatre éléments sont essentiels :

  • Descendre à l’échelle des quartiers : c’est le sens du concept de conseil de quartier que nous avions proposé, car c’est souvent à cette échelle et à celle de projets que la population se mobilise et possède une expertise de terrain.
  • Impliquer largement la population et pas seulement une partie de celle-ci (c’est le sens de l’introduction du tirage au sort que nous avions proposé en certains cas, avec un but de déscrimination).
  • Lui donner la possibilité de trancher. On motive les citoyens à participer s’ils ont la conviction qu’ensuite leur parole sera entendue, que le temps consacré à la collectivité sera valorisé.

Le choix de la fontaine place Saint Lambert, la consultation Liège 2015, les citoyens à Liège ont une expérience douloureuse de non respect de leur avis jusqu’ici ! Et pour reprendre la dernière consultation Liège 2025, rappelons que les deux demandes arrivées en tête sont la non urbanisation du Ry-Ponet et de la Chartreuse et que l’on ne voit pas l’actuelle majorité se positionner clairement en ce sens. Comme à Grenoble, il faut que l’adoption de la décision citoyenne, sur les thématiques précises sur lesquelles elle est sollicitée devienne la règle et que son refus soit dûment motivé et débattu en CC : il ne s’agit pas de déshabiller la démocratie représentative mais de la compléter.

  • Se doter d’outils (accès à l’information, processus de formation et d’information,…) pour permettre à des citoyens de participer utilement à la décision publique. Cela demande donc des moyens et des processus clairs.

Pierre Eyben pour Vert Ardent.

Intervention au Conseil Communal du 12 Mars 2020

 

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