Madame l’Echevine,
COMEOS, l’organisation patronale représentant les entreprises du commerce et des services, a annoncé il y a quelques semaines un recours au Conseil d’Etat contre la taxe sur les caisses automatiques telle que proposée par Vert Ardent et adoptée l’an dernier.
COMEOS motive ce recours avec deux arguments. Premièrement, je cite, « les caisses en libre-service ne suppriment pas d’emplois : le personnel reste présent, avec des tâches qui évoluent vers davantage d’accompagnement, de réponses aux questions, de réassort, de contrôle qualité et d’hygiène. ». C’est faux ! La grande distribution ne licencie pas directement ses caissières mais elles ne sont pas remplacées. Et ce métier était mieux rémunéré et moins lourd physiquement que celui de réassortisseuse. C’est donc une possibilité de fin de carrière moins pénible et mieux rémunérée qui disparaît. Et en parallèle, il y a une explosion (x2 depuis 2020) des flexi-jobs et du travail étudiant. Le travail étudiant est utile pour permettre à certains de poursuivre leurs études (de plus en plus onéreuses) mais 3 étudiants à 600 heures, c’est un emploi à temps plein perdu. On parle aujourd’hui de 20.000 ETP perdus !
Deuxièmement, je cite « Ce sont les commerçants qui veulent innover qui sont visés » C’est faux. Il ne s’agit pas d’interdire toute innovation, il s’agit qu’elle ne soit pas un prétexte pour détériorer les conditions au travail, ou pour exercer une concurrence déloyale vis à vis des petits commerces qui n’ont pas les moyens de recourir aux mêmes outils. Il est d’ailleurs surprenant que l’UCM s’associe à ce recours alors que leurs affiliés sont les premières victimes de la situation actuelle.
L’impôt c’est une contribution nécessaire pour faire fonctionner nos sociétés ; c’est également un outil puissant pour orienter les comportements. La taxe en cause a le mérite de compenser les pertes de cotisation. Et 519 euros par an pour une caisse automatique, c’est modeste au regard de ce qui est économisé via l’automatisation.
Et donc nous maintenons que la mesure n’interdit pas l’innovation mais est souhaitable pour préserver l’emploi local en décourageant la substitution de caissières lorsque c’est pour faire des économies salariales et gonfler les bénéfices, pour soutenir les petits commerçants, moins équipés pour s’automatiser, et pour encadrer l’automatisation croissante et préserver le contact humain.
Nos questions sont les suivantes :
- Est-ce que le Collège partage cette analyse ?
- En conséquence, est-il bien décidé à faire valoir ses droits et à maintenir cette taxe ?
En vous remerciant,
Pierre EYBEN pour Vert Ardent