Le Conseil communal de la Ville de Liège,
Considérant que les enfants sont un public particulièrement vulnérable face à la publicité commerciale et qu’ils ne sont pas en mesure de distinguer clairement un message publicitaire d’une information neutre ;
Considérant que plusieurs panneaux publicitaires sont actuellement installés à proximité immédiate d’écoles communales et subventionnées sur le territoire de la Ville de Liège, situation régulièrement dénoncée par des collectifs citoyens et des élus communaux ;
Considérant les termes du contrat de concession de mobilier urbain publicitaire par lequel la Ville de Liège est liée à l’entreprise JCDecaux Belgium depuis juin 2017 pour une durée de 15 ans ;
Considérant que le Collège communal a été interpellé à plusieurs reprises afin de demander l’interdiction de tout dispositif publicitaire à moins de 100 mètres des écoles, rappelant les effets négatifs de la publicité sur la santé, les comportements alimentaires et la construction des valeurs chez les enfants ;
Considérant que plusieurs groupes de ce Conseil soutiennent explicitement le combat du collectif Liège Sans Pub visant à protéger les écoliers liégeois de l’exposition à des messages commerciaux, notamment pour des produits gras, sucrés, salés ou addictifs ;
Considérant que plusieurs groupes se sont engagés en 2024, dans leurs réponses au collectif Liège Sans Pub, à réduire la place de la publicité commerciale dans l’espace public et à encadrer plus strictement les dispositifs publicitaires installés sur le domaine communal ;
Considérant que plusieurs groupes reconnaissent la nécessité de concilier les enjeux de santé publique, de protection de l’enfance et les contraintes financières de la Ville, tout en visant une diminution progressive de la publicité dans l’espace public ;
Considérant que plusieurs villes européennes et belges ont déjà mis en place des zones d’exclusion publicitaire autour des écoles, démontrant la faisabilité juridique et opérationnelle de telles mesures ;
Considérant que la protection des enfants et des jeunes face à la publicité commerciale ne peut se limiter à une logique d’interdiction ponctuelle, mais doit combiner la réduction de l’exposition, l’éducation aux médias, le développement de l’esprit critique, la prévention en matière de santé et le soutien à la parentalité ;
Considérant que l’exposition des enfants et des jeunes à la publicité se déroule aujourd’hui également largement sur les écrans, les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les contenus sponsorisés et les pratiques d’influence, de sorte qu’une action limitée au seul mobilier urbain risquerait d’être symbolique si elle n’est pas accompagnée d’un volet éducatif et préventif ;
Considérant toutefois que la publicité dans l’espace public a la particularité de nous être imposée puisqu’elle ne peut être ni bloquée ni contournée, ce qui explique qu’elle représente encore un enjeu important pour les publicitaires ;
Considérant que les maisons de jeunes, les mouvements de jeunesse, les associations, les écoles, les services de prévention, les centres PMS et les acteurs du soutien à la parentalité mènent ou peuvent mener des actions utiles en matière d’éducation aux médias, de santé, de consommation responsable et d’esprit critique ;
Considérant qu’il convient d’éviter tout simple effet de report de dispositifs publicitaires vers d’autres lieux fréquentés par les enfants et les jeunes, notamment les maisons de jeunes, les plaines de jeux, les infrastructures sportives, les espaces verts et les lieux d’accueil extrascolaire ;
Considérant que la Ville de Liège doit pouvoir agir de manière proportionnée, juridiquement sécurisée et financièrement responsable, notamment au regard des engagements contractuels existants, tout en poursuivant un objectif clair de réduction de l’exposition des enfants et des jeunes aux messages commerciaux ;
Le Conseil communal décide :
- De marquer le principe politique d’une protection renforcée des enfants et des jeunes face à la publicité commerciale, en privilégiant une approche globale combinant réduction progressive de l’exposition publicitaire dans l’espace public, éducation aux médias, soutien à la parentalité et participation des enfants et des jeunes ;
- De charger le Collège communal d’étudier la mise en place d’un dispositif de réduction progressive et ciblée de la publicité commerciale aux abords des établissements scolaires maternels, primaires et secondaires, communaux et subventionnés ;
- D’analyser plusieurs scénarios de périmètre et de méthode, incluant notamment des périmètres de 50, 100 et 150 mètres autour des établissements scolaires, en tenant compte de la configuration réelle des quartiers, des flux de déplacement des enfants et des jeunes, des arrêts de transport en commun, des commerces de proximité, des lieux d’accueil extrascolaire et des équipements publics fréquentés par les jeunes ;
- D’évaluer les impacts juridiques, financiers, contractuels, urbanistiques et opérationnels d’une telle mesure, en tenant compte des engagements existants de la Ville, de la nécessité de préserver les finances communales, de l’objectif de réduction progressive de l’exposition publicitaire et de la possibilité de renégocier ou d’adapter les dispositifs concernés à l’occasion des échéances contractuelles, renouvellements, remplacements ou modifications de mobilier urbain ;
4bis.De réaliser une cartographie des dispositifs publicitaires situés aux abords des écoles et des principaux lieux fréquentés par les enfants et les jeunes, en distinguant les types de supports, les contrats applicables, les marges de manœuvre de la Ville ;
- D’associer les acteurs concernés, notamment les directions d’écoles, les associations de parents, les représentants des élèves, les maisons de jeunes, les mouvements de jeunesse, les acteurs associatifs, les centres PMS, les acteurs de la prévention santé, les collectifs citoyens et les groupes politiques représentés au Conseil communal, à la réflexion et à l’élaboration du dispositif. Lorsque des dispositifs publicitaires seront supprimés, réduits ou rendus disponibles pour d’autres usages que commerciaux aux abords des écoles ou des lieux fréquentés par les jeunes, la Ville étudiera leur remplacement progressif par des supports à vocation éducative, culturelle, sportive, citoyenne, associative, environnementale ou de santé publique, en veillant à éviter toute récupération partisane ou promotionnelle ;
5bis. De solliciter l’avis du Conseil communal des enfants sur la perception de la publicité dans l’espace public et en ligne, sur les lieux où les enfants et les jeunes se sentent les plus exposés, et sur les messages de prévention ou d’éducation qu’ils souhaiteraient voir développés ;
5ter. De développer, en lien avec les écoles, les maisons de jeunes, les mouvements de jeunesse, le secteur associatif et les acteurs du soutien à la parentalité, un programme d’animations consacré aux impacts de la publicité commerciale, aux influenceurs, aux réseaux sociaux, à la consommation, à l’image de soi, aux comportements alimentaires, aux assuétudes et à l’esprit critique, en s’appuyant autant que possible sur les outils pédagogiques existants ;
- De prévoir une évaluation annuelle du dispositif, portant notamment sur la réduction effective de l’exposition publicitaire, les effets de report éventuels, les retours des écoles et des familles, la participation des enfants et des jeunes, les coûts pour la Ville, les difficultés juridiques ou opérationnelles rencontrées et les adaptations nécessaires ;
- De présenter au Conseil communal dans un délai raisonnable de 6 mois, les conclusions de cette étude ainsi qu’une proposition de feuille de route progressive comprenant, le cas échéant, un projet de règlement, de Guide communal d’urbanisme, un calendrier de mise en œuvre, un volet pédagogique et un dispositif d’évaluation.
Pierre Eyben pour le groupe Vert Ardent
Motion soumise en vue du conseil communal du 7 septembre 2026