Le Conseil communal, en séance publique,
Considérant que tout le bassin versant du ruisseau des Moulins couvrant un territoire d’environ 1 600 hectares pour plus de 33 000 équivalents-habitants et situé sur 4 communes (Fléron, Saive, Beyne-Heusay et Liège) a été fortement urbanisé ces dernières décennies, réduisant l’infiltration naturelle des eaux de pluie.
Considérant le fait que le ruisseau est canalisé (via un pertuis) sur plusieurs tronçons jusqu’à la Meuse, passant notamment sous diverses habitations et entreprises sur Jupille.
Considérant que le ruisseau du Fond de Coy (septième affluent du ruisseau des Moulins) est également canalisé (au bas de la rue du Bois sauvage) et que les pertuis se rejoignent au niveau de Jupille
Considérant que le ruisseau du Fond Houlleu (huitième affluent du ruisseau des Moulins) se jette dans le ruisseau-égout voûté longeant la rue Jean Hermesse, juste à hauteur de la rue Speyemé.
Constatant que sur 9 confluences, seulement 5 sont répertoriées par la Province de Liège, gestionnaire, certains cours d’eau n’apparaissant plus sur le site de la cartographie du Réseau Hydrographique Wallon où les confluences sont qualifiées d’“incertaines” ou “complexes”
Constatant que, contrairement au ruisseau de la Julienne, le ruisseau des Moulins n’a pas de numéro individuel de masse d’eau, et ne figure donc même pas dans la cartographie des masses d’eau de surface.
Constatant que les canalisations actuelles n’ont pas un volume suffisant et que le ruisseau et ses affluents débordent très régulièrement (2018, 2019,2021,…) causant des inondations importantes dans plusieurs rues de Jupille (rue des Moulins, rue de Fléron, rue du Couvent, rue Speyemé,…)
Constatant que le dérèglement climatique actuel cause en outre des épisodes pluvieux plus importants et intenses que par le passé.
Constatant que, mis sous pression, le pertuis s’est effondré en divers endroits.
Constatant que le sondage mené sur une partie du pertuis (sur réquisition du bourgmestre) relève qu’il est très endommagé causant des problèmes de stabilité importants au niveau de la rue du Couvent.
Constatant qu’à ce niveau, des travaux ont été réalisés en urgence (sur réquisition du bourgmestre) pour dévier les eaux du ruisseau vers l’égout sous la route.
Constatant que tout le pertuis ainsi que celui qui collecte les eaux du “Fond de Coy” n’ont pas été inspectés alors que des dégâts y sont également visibles (par exemple un effondrement en surface rue du Vicinal). et importants
Constatant qu’existe en outre rue de Jupille à Fléron une chambre de bascule de l’égout public vers le Ruisseau des Moulins lequel se déverse dans la Meuse.
Considérant l’étude diagnostique du bassin versant du Ruisseau des Moulins évoquée dès 2007, prévue au programme de l’AIDE depuis 2014, annoncée pour 2024, et finalement présentée fin 2025 aux collèges communaux concernés, et en juin 2026 aux conseillers communaux liégeois.
Constatant que cette dernière révèle que le ruisseau des Moulins et l’axe principal du réseau sont mélangés en trois branches qui reprennent, au passage, les eaux usées et de pluies du quartier, les ruisseaux de Coy, de Fondrivaux et du Fond de Houlleux ainsi que les réseaux d’égouts aboutissant dans les vallées de ces ruisseaux. Que ces trois branches se rejettent, au niveau de la place Havart de Liège, dans l’exutoire du ruisseau des Moulins qui conduit toutes ces eaux en Meuse sans connexions avec les réseaux de la plaine.
Actant que ceci signifie concrètement que les eaux usées de 33.000 équivalents-habitants sont mélangées à celles des ruisseaux et finissent dans la Meuse, sans avoir été traitées en station d’épuration, ce qui constitue une situation sans précédent à l’échelle wallonne, et une catastrophe écologique pour le fleuve.
Constatant, alors que le raccordement aux égouts est une obligation légale pour les habitations qui sont situées en zone de régime d’assainissement collectif, et qu’il apparaît donc que les maisons situées rue Fond de Coy déversent leurs eaux usées directement dans le pertuis (lequel se déverse dans la Meuse) cette obligation n’est pas respectée pour le bassin versant du Ruisseau des Moulins.
Considérant les obligations en matière de qualité physico-chimique et biologique en lien avec la directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) et les aspects écotoxicité des eaux.
Constatant en outre, que l’AIDE annonce que celle-ci n’aura pas pour objectif la réduction des inondations mais uniquement la gestion des eaux usées.
Constatant que depuis 2009, un collecteur doit être construit mais qu’il ne pourra être réalisé qu’après l’étude diagnostique.
Considérant que l’étude confirme en outre la saturation du réseau d’égoutage avec de nombreux tronçons atteignant rapidement leur capacité lors d’épisodes de pluie relativement courants, avec 124 zones problématiques identifiées présentant des surcharges, des débordements ou des risques de mise en charge importants du réseau.
Considérant que l’ensemble des mesures proposées par l’AIDE représente un investissement estimé à environ 35 millions d’euros HTVA, réparti entre les travaux d’assainissement, de lutte contre les inondations, de démergement et de réduction des eaux parasites.
Le Conseil communal demande au Collège :
- De procéder à un sondage pour évaluer l’ampleur des dégâts sur l’intégralité de la partie canalisée (pertuis) du ruisseau des Moulins et de ses affluents.
- De continuer de procéder, soit à des expropriations des bâtiments menacés, soit à la réfection des pertuis endommagés dans un délai raisonnable.
- De proposer notamment des solutions aux entreprises dont les bâtiments sont situés au-dessus des pertuis et qui doivent être expropriées.
- De demander à l’AIDE de venir présenter un plan d’action en commission et notamment :
- la question de son étude diagnostique sur le bassin versant (en ce compris la problématique des inondations).
- l’avancement des réalisations annoncées et/ou souhaitables (collecteur, bassin de rétention au pied de la côte de Fléron).
- le recensement de toutes les maisons qui ne sont pas reliées à l’égout ainsi que des points de rencontre “historiques” entre le réseau d’égouttage, le ruisseau des Moulins, ses biez et ses affluents canalisés comme le ruisseau du Fond de Coy ou le ruisseau du Fond Houlleu.
- la séparation claire et totale entre réseau de gestion des eaux usées et ruisseaux pour s’assurer que l’eau rejetée dans La Meuse est propre.
- l’analyse régulière de la qualité des eaux sur le ruisseau des Moulins et ses affluents.
- De contacter la SPGE afin de réclamer qu’elle dégage sans plus attendre les fonds nécessaires à l’exécution rapide du plan de refonte coordonnée et progressive des infrastructures hydrauliques sur le bassin versant avec pour objectifs :
- d’améliorer significativement la qualité des eaux ;
- de réduire les rejets polluants dans les ruisseaux ;
- de mieux protéger les habitants contre les inondations ;
- d’assurer la résilience du territoire face au changement climatique ;
- de garantir le bon fonctionnement futur du système d’assainissement régional.
- De procéder notamment, comme le rapport le préconise, à :
- la création ou l’agrandissement de bassins d’orage ;
- l’amélioration de certains tronçons à ciel ouvert ;
- le remplacement d’environ 2,7 km d’ouvrages sur l’axe principal aval ;
- la création de capacités de stockage temporaires pour les fortes pluies.
- De réclamer un moratoire sur l’urbanisation de tout le bassin versant tant que des solutions structurelles n’ont pas été trouvées, et si nécessaire d’ester en justice contre tout projet immobilier sur ce bassin au nom de la protection des habitants de Liège.
Pierre Eyben & Caroline Saal pour le groupe Vert Ardent
Motion soumise en vue du conseil communal du 7 septembre 2026